CAROLINE RENNEQUIN - Cheptel des vanités

Exposition du 28 mars au 10 mai 2014

Cette exposition d'ossements, de cornes, de bois et d'insectes peints, au coeur de la célèbre institution scientifique qu'est Deyrolle, fascine autant qu'elle déroute. Dans ce lieu classique et élégant situé dans le centre historique de Paris, CAROLINE RENNEQUIN apporte avec grâce son univers éclatant, dont le décalage résonne avec ce décor inattendu. Les os de ces bêtes peintes reprennent vie dans ce temple de la taxidermie. Une vie colorée, moderne et pop.

 exposition Caroline Rennequin

CAROLINE RENNEQUIN
Formée en écoles d'art à Paris durant 8 ans, Caroline Rennequin pratique depuis 1993 la peinture et la sculpture. Son travail artistique s'articule autour de son rapport à la nature, qu'elle soit réelle ou fictive. Son univers séduit dans des domaines très divers et elle est notamment directrice artistique pour la marque Jérôme Dreyfuss.

 

LOUIS ALBERT DE BROGLIE, Président de Deyrolle, nous parle de cette expostion :
"Avec des caractères empruntés aux cubistes, cette série de compositions croise linéarités, rondeurs, courbes, rectangles, losanges, carrés dans un ordre particulier d'effets de géométrie. Cela amène Caroline Rennequin à créer une résonance entre la vie – incarnée ici par la couleur et le mouvement donné par les élans des formes – et la mort qui habite ces squelettes sans chair. Le squelette crée un écho entre ce qui se trouvait à l'intérieur d'un être hier et qui nous apparaît aujourd'hui à l'extérieur ; un écho entre certitude et incertitude. Ce travail n'est pas sans évoquer d'ailleurs le langage de couleurs d'un Vasarely, d'un Kandinsky ou d'un Delaunay... Est-ce un symbolisme évoquant une réalité, ou une énigme à faire déchiffrer au spectateur ? Y a-t-il un rythme, une croyance, un message codé, ou simplement un rapport de couleurs géométriques interagissant avec notre sensibilité ? Cette série ostéologique nous éclaire sur le prolongement de nous-même, de notre intérieur comme support d'un code coloré qui serait peut-être notre langage 'Pop mortem'."

 

L'innocence des massacres,

un texte de François Letourneux sur le travail de Caroline Rennequin :

Pour Michel Ange, Moïse était cornu en descendant du Mont Sinaï, chargé des tables de la loi. Cornu, ou rayonnant ? Les deux traductions se discutent. Cette force, en tous cas, sortait de son crâne. Comme font cornes et bois. Les cornes naissent sur la jeune antilope, sur le veau ou le chevreau. Leur noyau osseux couvert de kératine luisante se développe dans la jeunesse de l'animal. Elles sont la force, celle du taureau Apis de Memphis ou du bélier Ammon de Thèbes, qui était Zeus lui-même.

Et que dire des bois ? De ce jaillissement d'os qui se reforme chaque printemps plus fort, sous le doux velours qui démangera vite, au front des cerfs et des chevreuils. Et qui tombera mue au sol, chaque hiver. Ils sont maigreur du daguet, noblesse des troisièmes et quatrièmes têtes, triomphe des dixcors, affairés et bavants au brame, circonvenant leur harem convoité par la vaine jeunesse. Cornes et bois sont trophées, depuis le million d'années qu'il y a des hommes, et qui pensent. Trophées et matériau, pour les armes et les outils. Matériau magique aussi, pour coiffer les chamanes. Massacres, trophées, dépouilles. Que dire des os, morts survivants ? Il y a dans les petits squelettes beaucoup de rencontres. Une réalité : ce qui survit à la corruption, cette solidité fragile des aiguilles minuscules, des articulations horlogères. Une curiosité: celle qui gouvernait Cuvier, qui emplit la galerie d'anatomie comparée du Muséum, qui anime Deyrolle. Une magie, des symboles : ceux des vanités peintes, des songecreux venant des ossuaires.

CAROLINE RENNEQUIN les reconnait dans leurs merveilles, les décore, les honore. Elle les couvre de signes, pour qu'on les découvre. Elle réunit dans l'harmonie le réel, l'intérêt qu'on lui porte, et la magie qu'il dissimule. Il y a de la grandeur dans son hommage. Chacune de ses oeuvres est respect et sensibilité. Chacune parle à voix haute. Chacune évoque des temps immémoriaux et des contrées indéfinies, qui sont les racines de notre peuple chasseur.

 

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