Pour que vivent ou plutôt survivent les rhinocéros

Un article de Peio Rahola

par Deyrolle

Les rhinocéros sont des animaux fascinants à plusieurs titres et il est difficile d’admettre qu’à notre époque, ces placides et inoffensifs animaux soient encore massacrés.

Nous avons reçu chez Deyrolle de nombreuses visites d’individus peu recommandables, immédiatement identifiés comme pourvoyeurs du trafic international de cornes de rhinocéros. Ces individus faisaient irruption en nombre, scrutant le moindre recoin de la boutique, à la recherche de cornes de rhinocéros. Ces visites désagréables se sont répétées jusqu’à ce que ces personnes aient compris une fois pour toutes que nous n’avions et n’aurions jamais de cornes de rhinocéros à vendre.
N’ayant été victime d’aucune tentative de vol, nous ne pouvions rien faire à l’encontre de ces personnes mais en revanche, nous en avons parlé autour de nous, mettant en garde tout possesseur de têtes ou de cornes de rhinocéros contre ce gang. Gang connu en Espagne comme le « gang des irlandais ».Ces personnes viennent d’Irlande et avancent des raisons fumeuses à leur recherche de cornes, comme la décoration d’un hôtel de luxe en Irlande, par exemple.
Si j’évoque l’Espagne, c’est que ces malfrats ont volé dans ce pays plusieurs cornes de rhinocéros dont celles du fameux musée de la faune sauvage situé dans le coin le plus reculé d’Espagne et que j’avais eu la chance de visiter lors d’un voyage pour photographier des planches Deyrolle dans cette région. Ce gang est tellement virulent que la police espagnole surveille même les rhinocéros dans les zoos tels la mère de ce magnifique bébé rhinocéros d’Inde récemment né au zoo de Benidorm.

Pour en savoir un peu plus sur le danger qui menace les rhinocéros nous vous conseillons de lire un article intéressant dans la revue « Espèces » n°3 que vous pouvez trouver chez Deyrolle.
Cette revue d’histoire naturelle comble un vide qui existait dans la vulgarisation de qualité. Le passage ci-dessous est tiré de cette revue (« REVUE ESPECES », mars 2012, p.46). « L’histoire multimillénaire du commerce des cornes de rhinocéros. Contrairement à une croyance bien ancrée en occident, le commerce des cornes de rhinocéros n’est ni récent, ni lié aux vertus aphrodisiaques supposées du produit. La poudre de corne ainsi que le sang et la peau de rhinocéros sont utilisés dans la pharmacopée asiatique depuis des siècles : on en trouve déjà mention dans des ouvrages chinois datant de 200 ans avant notre ère ; diverses vertus curatives (comme fébrifuge notamment) leur sont attribuées. Le commerce des cornes à des fins médicinales est largement responsable de la disparition des rhinocéros asiatiques. Pour les rhinocéros africains, le principal marché de la corne a longtemps été situé au Yémen, où tout notable se devait de porter à la ceinture une dague embellie d’une poignée en corne de rhinocéros. De 1970 à 1990, ce pays a importé 43 tonnes de cornes, soit l’équivalent de 14 900 rhinocéros ! Ce commerce s’est aujourd’hui quelque peu atténué mais avec l’émergence des économies asiatiques, la demande asiatique en produits médicinaux à base de corne s’est considérablement amplifiée. En outre, l’apparition de nouveaux marchés, tel le Vietnam, en 2009, où la demande locale a explosé suite à une rumeur sur les vertus anticancéreuses de la poudre de corne fait croître l’inquiétude. Dans cette conjecture, les prix atteignent des montants faramineux (jusqu’à 80 000 euros le kilo de corne) et stimulent un braconnage sans limite en Asie, mais aussi en Afrique où il s’appuie notamment sur la diaspora asiatique. Ainsi, alors qu’il y a peu le braconnage du rhinocéros en Afrique du sud était marginal (13 cas en 2007), pas moins de 448 rhinocéros ont été tués en 2011, certains tirés de nuit depuis un hélicoptère ! En Europe, les vols de cornes dans les musées se multiplient : 22 en 2011 dont 4 en France, le dernier le 6 décembre 2011 à Paris, au musée de la Chasse et de la Nature. Malgré les multiples campagnes de sensibilisation, rien ne semble pouvoir arrêter la demande asiatique en produits dérivés de rhinocéros. »

Cet article édifiant montre à quel point les croyances peuvent mettre en péril voire venir à bout d’une espèce

Peio Rahola


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